Géographie intime
Géographie intime
En 2008, lors d'une résidence d'artiste en Creuse, j'ai eu l'opportunité de mener des recherches photographiques autour de l'habitat et des habitants. Cette esquisse de projet m'a donné l'envie d'approfondir l'idée d'habiter, de vivre dans un territoire, et d'aller plus loin dans ma photographie. La Vendée s'est alors imposée, simplement, parce que j'y résidais. Ainsi est né le projet photographique Géographie intime.
De mars à décembre 2009 j'ai parcouru le département, du bocage, où je suis née, à l'océan, lieu des vacances et des promenades dominicales.
Par mes photographies, je voulais saisir la manière dont les paysages et les murs racontent ceux qui les habitent, voir comment ils révèlent le fonctionnement, la construction, l'évolution et les contradictions d'un territoire. Je désirais comprendre, à travers ses bâtiments et ses habitants, son histoire intime et collective.
Il s'agissait d'effectuer une sorte d'état des lieux, un travail documentaire sur ce territoire, mais peu à peu un glissement s'est produit. Les paysages et les personnes que je photographiais m'étaient familiers. Naturellement, un itinéraire personnel s'est alors construit, d'un lieu de vie concret à un autre, espéré et fantasmé. Ce fil conducteur m'a permis de réaliser une cartographie des lieux et des personnes qui font ce que je suis.
Ces paysages révélaient alors ma propre construction, évolution, et mes contradictions. Je pouvais faire le lien entre l'histoire du territoire et la mienne.
Tout au long de l'année, le vernis romantique, que l'adolescence avait laissé sur cette région, s'est écaillé. Loin de mes souvenirs d'une nature rebelle et sauvage affleurait un territoire maîtrisé. Les paysages défilaient le long de la route, bercés par des lumières variées, et je sentais cette présence humaine modeler la terre. Apparaissait alors un territoire en « entre-deux » : entre nature et construction, entre agriculture et industrialisation, entre le bleu de l'océan et le vert des champs. Cette indécision paysagère imposait une distance photographique sans cesse remise en question. Comme si une certaine retenue était nécessaire pour saisir toutes les composantes du territoire.
Une distance parfois inquiétante, que l'on retrouve dans les portraits du début du vingtième siècle, dont j'ai repris les codes. Des temps de pose longs (deux à huit secondes), qui imposent une rigueur, une neutralité des expressions, et confèrent à ces images un caractère intemporel. Ces codes m'ont donné un systématisme, un rituel à respecter pour chaque portrait, qui rappelle celui que suivaient nos grands-parents, tout endimanchés, posant cérémonieusement devant la chambre noire. Je voulais retrouver cette dignité des poses sans artifice, qui laisse aussi sa place au décor. Ainsi, dans ces portraits, on lit le lien entre les intérieurs et les personnes, leurs murs parlants d'eux autant que leur visage.
Cette série est construite comme un album photographique de paysages et de portraits, faisant résonner l'histoire collective de ce territoire avec la mienne, et dessinant au fil de