brunetfrancois576@neuf.fr 06.12.56.36.13
La peinture par ses marges
« J’ai compris que le seul bonheur était d’observer, de scruter son propre personnage, et celui des autres, de n&rsq...
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brunetfrancois576@neuf.fr 06.12.56.36.13
La peinture par ses marges
« J’ai compris que le seul bonheur était d’observer, de scruter son propre personnage, et celui des autres, de n’être rien de plus qu’un regard – je jure que c’est cela le bonheur. »1
Entreprise d’investigation amusée de la représentation, le travail plastique de François Brunet se développe à la manière d’une traversée des apparences et des supports, la tentative généralisée de perception d’un certain réel. Se présentant sous la forme de dessins et de tableaux, la pratique de l’artiste s’appréhende à l’aune du déplacement de la donnée picturale qui s’opère notamment par des effets de projections et de reconstitutions aux consistances improbables.
Orchestrant une tension constante entre abstrait et figuratif, François Brunet explore les dimensions spéculatives du cadre, à partir de photographies d’objets glanés du quotidien et d’un processus qui tient du transfert en deux dimensions. Rebus et fragments dérisoires, ces éléments vestiges deviennent la trame à un jeu prismatique avec l’idée de motif dans l’espace de la toile au moyen de rapports d’échelle et de perspectives.
Focalisations paradoxales sur un plan, par le truchement de ces surimpressions allusives, lignes et formes se confondent dans un renversement entre apparitions, traces et contours vides, silhouettes, gommage et surfaces colorées.
Utopies fantômes, lieux de nulle part, vignettes énigmatiques, les productions de l’artiste donnent à voir toute une cartographie d’images répercutées, oscillant entre absence et absurde, sensation de contingence et d’étrangeté. A la croisée entre données existentielles et esthétiques, la peinture devient ici l’endroit des significations tronquées et des inanités, de la mémoire des choses et de la vacuité du temps, des paysages interlopes et des reliefs évanescents.
Parce que l’artiste revendique volontiers l’accident, la mise à distance et un certain aléatoire, au travers de ce protocole empirique et impersonnel, on pourrait parler d’une machine célibataire qui conjuguerait la mise au noir et l’oeuvre blanche. Régime du neutre et interrogations circonspectes, à l’instar du personnage du Roquentin de Sartre, les titres des œuvres de François Brunet ont souvent à voir avec les notions de l’érosion et de l’épuisement du sens : Presque plus rien, Réservé, Le grand blanc, Physique et inconscient… Datant de 2010, sa série intitulée Fuite de sens, donne lieu récemment à Sol non balayé, vie silencieuse, nature morte, ainsi qu’à Les oreilles, l’écoute, deux corpus de pièces montrés pour la première fois dans le cadre de l’exposition Collectif : point d’interrogations.
Si l’artiste aime à citer Marcelin Pleynet et le titre de l’un de ses textes « la peinture par l’oreille », il faut voir sans doute une coïncidence de ce medium chez François Brunet, avec la faculté particulière que celui a d’en approcher le langage et le silence, l’endroit des sources ou de la parole muette. Elucidation perpétuelle d’un réel, telle une instance d’énonciation, l’artiste déploie ses objets de peintures comme autant manière de converser, autant de façon de sonder des frontières et d’en suggérer de possibles traductions.
Frédéric Emprou mai 2011
1 Nabokov, Le Guetteur, Gallimard, Paris, 1930.