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Yan Bernard propose un travail fondé sur une approche picturale qui problématise la question de l'image à travers deux types de rapport. Tout d'abord le rapport sémiologique qui pose la question du sens des images : en effet, en quoi une image est-elle porteuse d'une « intériorité » dès lors qu'elle est transfigurée par le geste picturale ? Sans doute que non, d'où la banalité assumée dans le choix des représentations. Ensuite le rapport à l'espace, le tableau est, en soi, un espace ou un fragment d'espace, d'où l'importance du dispositif d'exposition qui assemble, selon les contextes, des éléments agencés (l'unité de l'oeuvre résultant du collage de ceux-ci). Ce système combinatoire permet une multitude de compositions et de variation de la même pièce.
Chaque image peinte appartient à notre mémoire collective. Le système de reconnaissance découle d'un choix de représentations à la portée de tout spectateur au point de rendre accessoire leur décodage. Intégrées à notre système perceptif au point de ne plus y prêter attention, elles disparaissent de nos champs visuels. Ce jeu mnémonique est aussi un jeu plastique, le parti pris des couleurs pâles et diaphanes permet ce basculement entre apparition et disparition qui renforce cette distanciation avec l'image. Cette mise en demeure chromatique montre également un travail sur la peinture qui procède par retrait et non par accumulation, avec cette manière de peu éclairer la toile qui est caractéristique du travail plastique de Yan Bernard. Le contraste des ces peintures est saisissant avec, par exemple, l'écran audiovisuel. Il ne s'agit pas de vouloir représenter la réalité, mais de revendiquer l'écran du tableau comme un espace sensible, les images extrudées de notre environnement quotidien étant des éléments picturaux, des motifs.
Comme un grand nombre des artistes de sa génération, Yan Bernard est un peintre qui pratique la photographie. Il choisit des images qui s'attachent au stéréotype, à la banalité, lieux insignifiants constituant des inventaires d'évènements, des images factuelles, susceptibles de servir à la préparation de ses peintures. Le choix des sujets : camion citerne, centres commerciaux, stade de football, cosmonautes, sans valeur esthétique intrinsèque, porte sur des espaces et des objets contemporains souvent coercitifs. Ces objets isolés, flottants dans le fond uni des tableaux sont les signes de notre environnement. Devenus motifs décoratifs, ils renvoient la peinture à elle-même, à une pure artificialité.
Enfin, la curiosité de ce travail tient aussi à son mode de production : les formats sont toujours de même dimension, résultant de la contrainte de leur mode de stockage. Lors de la visite de l'atelier on découvre les peintures alignées sur les étagères d'un placard selon un mode de rangement rationnel et économe. Cela éclaire sur la modestie de la posture de Yan Bernard qui intègre à son travail artistique l'économie nécessaire à sa réalisation. Cette démarche prouve aussi la profondeur de son projet.
Christian Dautel, directeur ESBA